Oil to the world
mai 4, 2008 par Zdenek
Il fallait bien que je vois There Will Be Blood un jour. A force de lire partout qu’il s’agissait d’un chef d’oeuvre 100% pur arabica (sauf dans Les Inrocks, où l’on aime être à contre-courant ; pour la beauté du geste ou par conviction je ne sais) et à force d’entendre ça et là que les dents de ceux qui auraient le malheur de passer à côté se déchausseraient, j’ai franchi le pas, que dis-je l’enjambée : 2h40 avant que le pied ne se pose. Heureusement que je kiffe l’Amérique des grands espaces et les films relativement contemplatifs.
Pourtant, a priori, c’était mal barré, cette histoire d’un magnat du pétrole rusé, misanthrope et grisé par le pouvoir et l’argent au point de sacrifier son fils et sa santé mentale avait tout pour que Paul Thomas Anderson (Boogie Nights, Magnolia, pas n’importe qui donc) accouche d’une fable convenue sur le thème “les self-made men sont des colosses au pied d’argile“. Sur le fond, c’est un petit peu le cas, mais cela ne suffit pas à atténuer la réussite de ce long-métrage intime et cruel. Car derrière, il y a du répondant, à commencer par le casting, touché par la grâce comme on dit quand on est journaliste. Enfin, casting… Disons plutôt la paire Daniel Day Lewis (et son délicieux accent moustachu) / Paul Dano (le frère mutique de Little Miss Sunshine, qui campe un fanatique religieux franchement flippant) tant les autres personnages sont pour la plupart plus que secondaires face à l’ascension parallèle de ces deux illuminés.
Seconde agréable surprise, le choix d’Anderson de ne pas avoir cédé à la tentation de trousser l’une de ces fresques pétaradantes, où l’on pourrait incruster un compteur pour que s’y affiche en temps réel le pognon dilapidé. Dans There Will Be Blood, on ne dénombre ainsi qu’une seule scène à fort potentiel pyrotechnique, l’inflammation d’un puits du précieux liquide, au demeurant impressionnante. Le reste du temps, la caméra, au service d’une réalisation quasi-naturaliste, s’attarde sur les étendues arides de la Californie (superbe photographie), des détails du quotidien de l’entrepreneur aux dents longues, scrute les regards, les syllabes qui sortent de la mêlée, les silences et les douleurs qui se fraient un chemin derrière le monolithisme de Daniel Plainview (l’accroc à l’or noir, pour ceux qui n’avaient pas compris).
A ce titre, la première partie de cette libre adaptation du romain Oil ! (Upton Sinclair), muette, où l’on observe les premiers coups de pioche de Plainview, est de loin la plus hypnotique, en partie grâce à la musique de Johnny Greenwood (guitariste de Radiohead), étonnamment contemporaine. Ensuite, on se retrouve en terrain connu, celui des luttes d’influence, du succès qui fait tourner la caboche, de la décadence et de l’escalade vers l’horreur. Mais même si l’on ne retrouve pas le trouble léthargique de cette amorce, la fluidité du rythme et la majesté de l’ensemble sont telles qu’on s’abandonne volontiers à cette époportrait récompensé(e) aux Oscars. Inutile de googler le terme époportrait, je viens de l’inventer, il est à moi, et j’ai un petit contrat tout prêt pour qui souhaite l’utiliser.

There Will Be Blood - Paul Thomas Anderson (Ghoulardi Film Company / Paramount Vantage / Miramax Films)- 2007










